Marie-Sophie Dumont est ingénieure CNRS devient 2012 et travaille depuis 2019 à l’International Research Laboratory de sciences sociales et génomique (Epi)Genetics, Data & Politics – Epidapo.

Créé en 2014 par Eric Vilain, l’IRL Epidapo est d’abord installé à University of California Los Angeles (UCLA), avant de déménager en 2018, à l’occasion d’une nouvelle signature entre l’Institut national des Sciences Humaines et Sociales (INSHS) du CNRS et la George Washington University.

Fondamentalement interdisciplinaire, ce laboratoire a pour objectif d’interroger les enjeux associés aux approches « génomique » et post-génomique » du vivant. A la croisée de différentes communautés scientifiques (sciences du vivant et de l’environnement, sciences humaines et sociales, informatique etc.), les recherches menées au sein du laboratoire autour de l’épigénétique, des données et maladies non diagnostiquées, de l’intersexualité et du genre ou encore d’intégrité et d’éthique ont pour vocation d’informer le débat public et la prise de décision, notamment dans le domaine des politiques de santé publique.

Quel a été votre parcours pour arriver à ce poste?

Mon master en sociologie de l’Université Paris Sorbonne et ma spécialisation dans les études sociologiques m’a donné le socle de connaissances nécessaire pour pouvoir conseiller les acteurs publics et privés souhaitant lancer une recherche /étude, pour évaluer sa pertinence et analyser ses résultats en vue de sa publication.  Mon stage au ministère des solidarités et des santés (Drees) et mes études m’ont donc sensibilisée aux méthodes d’enquêtes qualitatives et quantitatives, avant de passer le concours d’ingénieur CNRS en 2012.

J’ai commencé au sein d’une unité mixte de service en partenariat avec l’Insee dont l’objectif était de garantir l’anonymisation et la confidentialité des données personnelles. Puis pendant 4 ans, j’ai exercé au sein d’un laboratoire de recherche en sociologie des organisations à la double tutelle CNRS-Sciencespo. Cette expérience m’a permis d ’acquérir une expertise tant sur les méthodes que sur les thématiques de recherche en sciences sociales. Je me suis notamment familiarisée à la question des pratiques scientifiques et plus spécifiquement à la biologie en sciences sociales.

En évoluant vers un poste polyvalent, et forte de mon expérience professionnelle, j’ai acquis un sens de l’initiative et une autonomie nécessaire au travail au sein d’un IRL. Ainsi, lorsque le poste d’ingénieure d’études, secrétaire générale dans l’IRL Epidapo a été ouvert lors de la campagne de mobilité interne du CNRS (Noemi)de Décembre 2018, j’ai présenté ma candidature.

En quoi consisten vos activités au sein du laboratoire?

Notre laboratoire est composé d’un effectif réduit, dont une majorité a des activités à l’extérieur – en tant que cherheur.se associé.e par exemple. Notre directeur Eric Vilain est également directeur du Centre pour la Recherche en Médecine Génétique de Children’s National Health System et de la Chaire du Département de Génomique et de Médecine de Précision à George Washington University. Pour ma part, je suis affectée au laboratoire à temps plein et les activités que j’y mène sont donc très diversifiées.

Je participe à l’ensemble du processus de recherche qu’il s’agisse de la définition de la problématique, des méthodes choisies et utilisées, ou encore de l’analyse des résultats obtenus. Je suis intégrée à l’ensemble des recherches du laboratoire. Ce poste me permet de continuer le travail collaboratif avec des chercheuses et chercheurs sur des projets de recherche.

J’assure également la gestion du laboratoire et le pilotage administratif. J’établis et propose un budget et j’assure son suivi et l’analyse des dépenses. Je gère en collaboration avec George Washington University les crédits que l’Université alloue au laboratoire. Enfin je réalise la communication du laboratoire, aussi bien via l’entretien du site internet que par la participation aux évènements. Je réalise, par exemple, les supports de présentation et j’organise des événements en partenariat avec le laboratoire de génétique.

Flyer Evenement Science & Diplomacy organisé en 2020 par Epidapo & GWU © Epidapo

Quelles sont les actualités du laboratoire?

Récemment, nous avons travaillé sur les problématiques du sexe et du genre chez les athlètes de haut niveau tels qu’ils ont pu être soulevés dans le litige opposant Caster Semenya à la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF). Les cas d’hyperandrogénie pose des questions concernant le test des taux d’hormones et la sexualité des participant.e.s dans les compétitions sportives. Du point de vue de la science, l’épigénétique explore aussi ces questions et les cas de differences of sex development (DSD).

Par ailleurs, nous nous intéressons également à la circulation publique de l’épigénétique dans les journaux et son utilisation par les médias en général.

Enfin, un nouveau projet interdisciplinaire pour lequel nous avons obtenu un financement du CNRS en février-mars, appelé EPIAGEING, qui fait collaborer sociologues (Gemass, EpiDaPo), épigénéticiens et biologistes des maladies neurodégénératives (EpiDaPo, Brain-C Lab) autour de l’étude des mécanismes épigénétiques du vieillissement cognitif pathologique. EPIAGEING est structuré autour de deux objectifs principaux. 1) Sur la base d’une approche d’étude des sciences « embarquée » il rend compte de l’impact de l’étude croissante des mécanismes épigénétiques sur la définition, la mesure et l’interprétation des dimensions environnementales inhérentes à la maladie d’Alzheimer. 2) En se démarquant d’une approche de gestion sociale de la maladie traditionnellement adoptée par les sciences sociales, il recentre la question environnementale vers la recherche fondamentale et redéfinit la collecte et l’exploitation de données environnementales inhérentes à la maladie d’Alzheimer dans la perspective de l’élaboration de la future cohorte BrainLife. Le projet EPIAGEING est accompagné par un contrat doctoral de 3 ans.

Selon vous, quelle est la valeur ajoutée du travail dans un laboratoire international?

Pour moi le principal avantage au fait de travailler dans un laboratoire de recherche international est de travailler et de publier en anglais. C’est un véritable atout dans le monde professionnel de manière générale et dans le monde scientifique en particulier. Au-delà de la langue, c’est aussi l’ouverture à tout un monde : la culture du travail est complètement différente de celle que j’avais connue en France. J’ai le sentiment que l’accent est davantage mis sur les résultats que sur la procédure. C’est non seulement le fait de la direction mais aussi, me semble-t-il, de la culture nord-américaine. L’ambiance de travail est basée sur la confiance et sur une grande autonomie dans l’organisation du travail. C’est appréciable au quotidien.

A l’échelle du laboratoire, les avantages sont aussi de l’ordre des opportunités de recherche. Être présent et visible sur place permet d’accéder à des collaborations intéressantes qui n’auraient pas forcément été imaginées depuis la France. Dans notre cas, cette ouverture est aussi disciplinaire : le fait d’être dans un laboratoire de génétique favorise des contacts et de l’interdisciplinarité. Pour ma part, j’ai développé une culture et des connaissances en sciences « dures » que je n’aurai jamais acquises sans ce rattachement. Le travail en International Research Laboratory implique aussi une part importante de travail à distance, avec nos collègues français. Avec les outils de communication disponibles aujourd’hui et le décalage horaire raisonnable (6 heures), c’est tout à fait possible mais ça demande une organisation particulière, propre à notre situation.

A titre personnel, comment avez-vous vécu votre intégration?

A mon arrivée à Washington D.C., j’ai pu apprécier une véritable solidarité entre agent sortant et entrant à la fois sur le plan personnel (trouver un logement sur place et dans les démarches administratives) que professionnel (passation des connaissances). Il se trouve que je connaissais très bien mon prédécesseur. Je l’avais aperçu dans un de mes postes précédents et nous avions participé à des manifestations CNRS en tant que membres du réseau Mate-SHS entre autres. Le nombre réduit d’ingénieurs dans ma catégorie au CNRS fait que l’on se connait bien. La passation de poste en a été simplifiée : j’ai pris mes fonctions en juillet après un déplacement en avril pour rencontrer l’équipe. Cette mission de quelques jours m’a permis de me familiariser avec mon futur environnement et d’assurer la continuité de nos activités dès mon arrivée.

Il faut savoir que sur le plan logistique, l’installation demande une grande autonomie et amène à faire preuve de débrouillardise. Ces questions sont laissées à la responsabilité de chacun, contrairement à ce qui se fait dans d’autres types d’expatriation. Ici, il s’agit vraiment de considérer l’expérience comme un nouveau départ. Pour ma part, je n’ai eu aucun problème pour m’intégrer. Au départ, la différence culturelle et linguistique peut apparaitre comme une barrière, mais il existe beaucoup de réseaux d’expatriés, donc on ne se retrouve jamais complètement isolé. A Washington D.C., et dans notre laboratoire, il y a un véritable brassage et une diversité des origines. C’est très enrichissant du point de vue personnel et cela facilite l’intégration.

Recommanderiez-vous cette expérience?

Si vous êtes une personne qui a le goût d’une expérience hors du commun, des défis et un sens de l’autonomie alors foncez car c’est une chance incroyable que je ne regrette pas d’avoir saisie !

C’est un choix de carrière mais aussi de vie qui doit s’accorder à la personnalité de chacun. Pour ma part, je n’ai aucun regret et cette expérience est un véritable coup de cœur professionnel. Elle m’a révélé le gout de l’expatriation. L’un des avantages du CNRS c’est justement l’ouverture de postes stimulants à l’international, qui sont autant d’opportunités à saisir. C’est une chance incroyable d’y avoir accès relativement simplement. Pour ma part, j’ai suivi la même campagne et les mêmes démarches due pour un poste domestique, avec un entretien virtuel et un processus de recrutement classique. Les offres sont limitées mais je recommande vivement une telle mobilité.