Nommée en octobre 2019, Sylvette Tourmente est directrice du Bureau du CNRS pour l’Amérique du Nord. Depuis Washington DC, elle nous explique comment la recherche s’organise dans le pays pour lutter contre l’épidémie de COVID-19.

Les États-Unis ont consenti à un effort financier massif pour la recherche sur le COVID-19. Ils ont lancé un premier plan de sauvetage de $2 000B, destinés à soutenir les ménages, l’économie américaine, mais aussi les universités en difficulté. Ce plan comprend également $5B, alloués pour continuer ou réorienter des recherches sur le coronavirus.

De nombreuses agences ou départements d’État, comme les National Institutes of Health (NIH) ou le Department of Defense, financent la recherche sur les vaccins, les traitements ou les diagnostics. La Food and Drug Administration (FDA) garantit aussi la sécurité de la chaîne d’approvisionnement et lutte contre les produits contrefaits, et doit approuver les éventuels vaccins développés. La National Science Foundation (NSF) met en place des programmes flash sur la modélisation et propagation du COVID-19, et la gestion numérique des données. Le Department of Energy met à disposition des supercalculateurs et l’Environmental Protection Agency finance la recherche sur des méthodes de réduction de la contamination environnementale et de la transmission du virus via les surfaces et matériaux contaminés.

Fondations et entreprises privées participent à cet effort. La fondation Bill et Melinda Gates a lancé, en partenariat avec Wellcome3 et Mastercard, le COVID-19 Therapeutics Accelerator doté de $125M, avant d’ajouter $150M en son nom propre. La Fondation Zuckerberg finance l’extension d’un laboratoire de l’Université de Californie, et Amazon a annoncé un investissement de $20 millions. Google débloque $30M pour l’utilisation de l’IA au service des technologies de télédiagnostic.

Du coté du CNRS, les International Research Laboratories présents dans la région sont également mobilisés pour lutter contre le COVID-19 :

IRL EpiDaPo : une étude du microbiome nasal

L’IRL EpiDaPo7 est doublement engagé dans la lutte contre le coronavirus. D’une part en préparant les tubes pour les tests de détection du virus, d’autre part en développant un projet de recherche sur le rôle éventuel du microbiome nasal dans la modulation de la gravité de la maladie COVID-19. Ce microbiome est très différent quantitativement et qualitativement chez les enfants et les adultes, qui montrent des sensibilités inégales au virus : si l’hypothèse se vérifie, le rajeunissement du microbiome, opéré avec succès dans d’autres maladies, pourrait être un moyen thérapeutique.

IRL Georgia-Tech-CNRS : une nouvelle génération de microcapteurs

L’IRL Georgia-Tech-CNRS8 a la particularité d’être installé sur le Campus Georgia-Tech à Metz, qui fête ses 30 ans cette année, et à Atlanta. Le laboratoire se lance sur un projet de détection directe du SARS-CoV-2 à l’aide d’une nouvelle génération de microcapteurs, pour des diagnostics bas coût, portables et fiables. L’idée est tout d’abord de démontrer que la technologie développée en Lorraine peut permettre de fournir des capteurs biologiques sensibles à la présence de virus dans des échantillons liquides en s’appuyant sur l’expertise du site miroir à Atlanta.

IRL iGLOBES : à l’interface des sciences sociales, écologiques, biologiques et mathématiques

Dans une approche interdisciplinaire des grands enjeux environnementaux, iGLOBES9 à l’université d’Arizona à Tucson est sur plusieurs fronts américains et français, illustrant parfaitement l’intérêt d’une structure internationale. Cet IRL a rejoint le groupe de coordination de la recherche interdisciplinaire de l’université d’Arizona sur le COVID-19. Il se positionne à l’interface des sciences sociales, écologiques, biologiques et mathématiques, par exemple en analysant les réseaux du mouvement survivaliste des « preppers » mis en pleine lumière par la nouvelle pandémie. Plusieurs collaborateurs, à l’Université d’Arizona et à l’ENS Paris, sont impliqués dans l’analyse génétique du virus pour estimer sa virulence, sa résistance au système immunitaire et aux médicaments à venir. Les modèles mathématiques s’avèrent primordiaux pour les prises de décision autour du confinement. Pour alimenter ces modèles, les scientifiques associés à iGLOBES combinent données épidémiologiques et données comportementales issues des réseaux sociaux, en s’appuyant notamment sur le nouveau partenariat établi entre l’Université PSL et Facebook.

IRL Compass : l’étude des surfaces en contact avec les virus et bactéries

L’IRL Compass10 associe un partenaire privé, la compagnie Solvay, et l’université U.Penn, dans un effort de recherche conjoint sur les interactions entre la matière molle et les organismes vivants (tels que bactéries et virus) sur des surfaces et aux interfaces – un sujet particulièrement d’actualité lors de pandémies. Cet IRL a co-organisé un symposium sur le sujet, qui devait avoir lieu à Philadelphie lors de la conférence de printemps de l’American Chemical Society (ACS). Malgré l’annulation de la conférence du fait du COVID-19, ce symposium a été organisé par visio-conférence et une centaine de personnes a participé.

IRL LIRMM-Stanford : l’interopérabilité des données médicales

À côté d’activités robotiques sous-marines et médicales, l’IRL LIRMM-Stanford11 travaille sur l’interopérabilité des données médicales, notamment liées au COVID-19, pour les rendre utilisables par plusieurs pays ou organismes, dans le cadre du récent réseau GO FAIR. Une première application concernera les formulaires d’enregistrement de l’OMS des admissions et sorties des patients. De plus, l’IRL a développé un service d’annotation12 utilisé par l’équipe Wimmics13 pour annoter des articles scientifiques liés au COVID-19 et développer un graphe pour en extraire des connaissances et découvertes scientifiques.

En savoir plus : https://tinyurl.com/y9ol7kmp